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Bloc-notes

 

Jonas eût aimé, parfois, invoquer le caprice, cet humble ami de l’artiste.

Albert Camus, Jonas ou l’artiste au travail, 1957

 

[…] Il observe que ce corps qui danse semble ignorer ce qui l’entoure. Il semble bien qu’il n’ait affaire qu’à soi-même et à un autre objet, un objet capital, duquel il se détache ou se délivre, auquel il revient, mais seulement pour y reprendre de quoi le fuir encore…
C’est la terre, le sol, le lieu solide, le plan sur lequel piétine la vie ordinaire, et procède la marche, cette prose du mouvement humain.
Oui, ce corps dansant semble ignorer le reste, ne rien savoir de tout ce qui l’environne. On dirait qu’il écoute et n’écoute que soi ; on dirait qu’il ne voit rien, et que les yeux qu’il porte ne sont que des joyaux, de ces bijoux inconnus dont parle Baudelaire, des lueurs qui ne lui servent de rien.
C’est donc bien que la danseuse est dans un autre monde, qui n’est plus celui qui se peint de nos regards, mais celui qu’elle tisse de ses pas et construit de ses gestes. Mais, dans ce monde là, il n’y a point de but extérieur aux actes ; il n’y a pas d’objet à saisir, à rejoindre ou à repousser ou à fuir, un objet qui termine exactement une action et donne aux mouvements, d’abord, une direction et une coordination extérieures, et ensuite une conclusion nette et certaine.

Paul Valéry, Philosophie de la danse, 1936

 

En ce moment, en vous observant, je suis frappé par la ligne de vos lunettes et celle de la petite table derrière vous. Quand vous penchez légèrement la tête, l’une prolonge l’autre. Il y a là un rythme plastique. Mon oeil est sans arrêt en état d’excitation, même si je n’ai pas d’appareil. C’est dans le regard que je trouve mon plaisir.

Henri Cartier-Bresson, On parle toujours trop. entretiens avec Pierre Assouline, 1994

 

Je ne peux pas dire où je vais. Cela ne m’intéresse pas. Le travail et la réflexion me font avancer. Les choses viennent d’elles-mêmes. Alors, je me laisse beaucoup aller. J’essaie de m’oublier.

Bernard Copeaux, accélérateur de particules, 2003

 

Le hasard est ma matière première.

Hans Harp

 


Interface investigates complex interactions of entities in some kind of encapsulated space. Complex and emergent behaviour appears at different scales and in different realms, ranging from biology, social science, computer science, anthropology to economics and politics . By taking away any references to something in the world, Interface allows manifold interpretations.

Ralph Baecker, Interface I, Stereolux, Nantes, mars 2019

 

On entendra bientôt par toute la planète un immense cri, qui montera vers les étoiles comme le hurlement de chiens innombrables, demandant quelqu’un, quelque chose qui commande, qui impose une activité ou une obligation.

José Ortega y Gasset, La Révolte des masses, 1929

 


Sessile is a colony of kinetic but non-motile pods that respond to changes in ambient light levels by opening and closing their limbs. Although individuals share a common form each reacts to environmental change in subtly different and often surprising ways. These differences arise from a myriad of factors including small variations in construction, surface imperfections, their orientation to ground and most importantly their internal emotional state. The later arising as each individual in the sessile colony has as continuously changing internal level of anxiety that is directly influenced by recent environmental events.
In a gallery context, a viewer’s shadow becomes a part of the colony’s environment and a medium of interaction. Through one’s shadow, viewers cause oscillations in individual stress levels. Recent histories can lead to calmed, aggressive or defensive behaviours or even temporary dormancy.

Steve Daniels, Sessile, 2008

 

Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux a disparu en quinze ans ; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards ; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !

Fabrice Nicolino, 2018

 

Mes petits tableaux montrent bien que je ne sais toujours pas où j’en suis. Que je n’ai trouvé aucun “système” ni rien de la sorte.
Je ne peux rien retenir, on dirait que ça glisse tout le temps. Quand je crois enfin avoir trouvé une forme, elle devient le fond, et quand je me hâte d’avancer en prenant cette estafette comme motif, elle meurt comme une forme insignifiante pour devenir une surface colorée qui prend un sens tout à coup quand un dessin frivole inattendu vient survoler cet aplat, mais si je prends ce dessin au sérieux en tant que motif, il s’avère que ce n’était rien parce que la couleur a bougé. Et ainsi de suite. Il faut donc que chaque tableau échafaude et montre un système unique qui lui est propre. Ce qui s’oppose à la formation de mon Système général. Et m’empêche de travailler en séries.

Per Kirkeby, Excursions & expéditions, 1992

 

Ryoji Ikeda, Supersymmetry, Nantes, Lieu Unique, Juin 2014

 

L’étonnant est de ressentir parfois l’impression de justesse et de consistance dans les constructions humaines, faites de l’agglomération d’objets apparemment irréductibles, comme si celui qui les a disposés leur eût connu de secrètes affinités.

Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, 1894

 


What defines a territory? Where does a line start and end? Who occupies which space and when? How do we negociate and navigate a shared space? Fragile Territories uses four lasers, each contributing to a complex and mutating visual shape, overlapping lines, rigid grids, loose shortcuts, A painting of light, osciallating between static geometry and fluent ephemeral strokes of color.

Robert Henke, Fragile Territories, Lieu Unique, Nantes, décembre 2012

 

Un jour, quand nous dirons : « C’était le temps du soleil,
Vous souvenez-vous, il éclairait la moindre ramille,
Et aussi bien la femme âgée que la jeune fille étonnée,
Il savait donner leur couleur aux objets dès qu’il se posait.
Il suivait le cheval coureur et s’arrêtait avec lui,
C’était le temps inoubliable où nous étions sur la Terre,
Où cela faisait du bruit de faire tomber quelque chose,
Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs,
Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l’air
Et lorsque le pas de l’ami s’avançait nous le savions,
Nous ramassions aussi bien une fleur qu’un caillou poli.
Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée,
Ah ! c’est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant »

Jules Supervielle, Le regret de la terre, 1934

 

La peinture ou la transcription des aventures du nerf optique.

Pierre Bonnard, Carnets